L’histoire de ce château se confond avec celle de la Terre de Trévelin, dont l’origine remonte aux premiers habitants du pays. C’est en effet ici «Terra Bellini» que furent mis au jour des vestiges du culte druidique des anciens Gaulois, ainsi que les restes d’un temple païen dédié à une divinité des anciens Helvètes, invoquée notamment pour la fertilité des récoltes.
On suppose que la terre à vigne de Trévelin a été foulée par les légions de César avant notre ère: n’est-elle pas idéalement située au bord de la «via strata» romaine, devenue route de l’Etraz? Il n’empêche que bien des trouvailles romaines de l’endroit (colonnes, chapiteaux, bas-reliefs ou mosaïques) ont été détruites ou dispersées au fil des siècles. Ainsi, aux Xe et XIIe siècles, des pierres de Trévelin furent utilisées pour la construction du donjon d’Aubonne, C’est aussi le cas pour un bas-relief représentant deux gladiateurs, et pour une corniche romaine, scellée à l’envers au pied de la tour du château du chef-lieu.
Au cours du haut Moyen Age, une église fut érigée sur l’emplacement du temple païen de Trévelin: elle devint l’église paroissiale d’Aubonne jusqu’en 1306, avec un curé officiant pour les deux villages.
C’est à partir de 1577 que débuta la construction du château actuel avec les matériaux de l’ancienne église de Trévelin, démolie une année auparavant car elle menaçait ruine. Décidément, on avait l’art d’utiliser du vieux pour faire du neuf en ces temps d’économies de fonds, de main-d’oeuvre (pourtant bon marché) et de frais de transports! Mais combien de bâtiments historiques vaudois ont été ainsi édifiés, du moins en partie, avec des matériaux… recyclés!
Dès le XVIIe siècle, les propriétaires se succédèrent au château. En 1627, ii fut acquis par le noble Simon de Wurstemberger, de Berne, des sires de Montricher; la famille de Watteville prit ensuite le relais jusqu’en 1716, année où la veuve de François de Watteville revendit le domaine pour 42 000 livres bernoises à Gabriel Gross, chancelier de Berne, de Trévelin et de Hollande, de surcroît bailli de Lausanne de 1725 à 1731. Ses armoiries ornent toujours la façade sud du bâtiment.
Son fils Charles Gros, bailli de Romainmôtier, en hérita en 1763. Le dernier propriétaire avant la Révolution fut Jean Crinzoz, seigneur de Givrins, qui acheta le château en 1777. Prix: 74 000 livres suisses.
La famille Crinzoz conserva la possession de Trévelin durant 121 ans puisqu’il fallut attendre 1898 pour que le Genevois Julien Perrier en fasse l’acquisition. Depuis lors, le château ne changera plus que deux fois de mains jusqu’à nos jours.
En 1932, les deux enfants de Julien Perrier, Emma et Julien, héritèrent de la propriété, jusqu’à ce qu’Emma, épouse d’Edouard Bordier, devint seule propriétaire. En 1948, l’héritage revint à Edouard Bordier et à ses enfants. Et c’est finalement l’un d’entre eux, le banquier genevois Ernest Bordier, qui vendit Trévelin en 1958 à Mme et M. Agostino Soldati; ce dernier occupa après d’autres très hautes fonctions – le poste d’ambassadeur de Suisse à Paris, de 1961 à 1966. M. Soldati est décédé en décembre 1966.